Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / L'Été du cinéma Français/ UN PEUPLE ET SON ROI
  • Mercredi 10 Juillet à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

UN PEUPLE ET SON ROI

PIERRE SCHOELLER – 2H, 2018

AVEC GASPARD ULLIEL, ADÈLE HAENEL, OLIVIER GOURME

En 1789, un peuple est entré en révolution. Écoutons-le. Il a des choses à nous dire. Un peuple et son roi croise les destins d’hommes et de femmes du peuple, et de figures historiques. Leur lieu de rencontre est la toute jeune Assemblée nationale. Au cœur de l’histoire, il y a le sort du Roi et le surgissement de la République…

L’ambition de Pierre Schoeller – sans doute la plus haute et la plus folle qu’ait connue le cinéma français ces dernières années – est de redonner vie et sens à la révolution, de mettre en scène la mort d’un monde et la naissance d’un autre, ce qui est advenu en France entre le 9 avril 1789 et le 21 janvier 1793, date de l’exécution de Louis XVI. Le metteur en scène se penche sur des êtres en lutte pour la reconnaissance de leur individualité, leur existence, leur pouvoir au sein d’un univers mouvant. Pierre Schoeller n’est pas un idéologue, mais réussit la prouesse de représenter cette période fondatrice. Le réalisateur de L’Exercice de l’État (2011) concentre les images, les discours, les figures et le conflits avec une acuité intellectuelle et une énergie qui emportent tout. Allant et venant des galetas du faubourg Saint-Antoine à Versailles, des Tuileries ensanglantées à la salle du Manège de l’Assemblée nationale, Un peuple et son roi trouve son rythme, une perpétuelle accélération, faite de contretemps et d’avancées imprévues qui portent les acteurs de l’histoire bien plus loin que la plupart d’entre eux ne l’avaient calculé. Dans le personnel parlementaire, Pierre Schoeller précipite des figures oubliées à la tribune : on entendra plus Barnave que Danton. Également scénariste, Schoeller choisit ses intervenants en fonction de leurs discours, conservés dans les archives parlementaires. L’exactitude des propos répond à celle des costumes, des décors. Ce film est voué à réveiller la réflexion sur l’idée de révolution, sur son actualité. Quand on arrive sur la place de la Concorde, ce matin d’hiver, on comprend alors que ce titre un peu déconcertant : Un peuple et son roi, n’est qu’un premier chapitre, celui de l’apprentissage de l’idée de république, de la sortie de l’enfance d’une nation. Le second chapitre, que l’on espère, serait celui des premiers pas de ce nouveau régime, violents, tragiques, féconds.
Thomas Sotinel, Le Monde