Les deux scènes

Les deux scènes
Cinéma / L'Été du cinéma Français/ MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES
  • Mercredi 31 Juillet à 20h30
  • Au Kursaal
  • Tarif de 2,50 à 5€

MADEMOISELLE DE JONCQUIÈRES

EMMANUEL MOURET – 1H50, 2018

AVEC CÉCILE DE FRANCE, ÉDOUARD BAER, ALICE ISAAZ

Madame de La Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années d’un bonheur sans faille, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Follement amoureuse et terriblement blessée, elle décide de se venger de lui avec la complicité de Mademoiselle de Joncquières et de sa fille...

Le cinéaste adapte librement un chapitre du roman de Diderot, Jacques le Fataliste et son maître. Là où Bresson dans Les Dames du bois de Boulogne situait le récit au vingtième siècle, Emmanuel Mouret reste fidèle au dix-huitième. Fidélité à la matière (les décors, les costumes) et à l’esprit. Et ce siècle renaît dans le présent, y retrouvant sa vivacité, sa lumière et le mouvement de la vie. Le classicisme exhausse la beauté, la délicatesse et l’élégance. Loin d’être un parti pris prévisible, il fait du récit, un récit « contemporain de tous les âges ». Nous n’avons pas affaire à des personnages situés socialement ou historiquement mais avant tout à des êtres de désirs qui s’interrogent sur les usages amoureux et moraux. Interroger ses désirs et les usages, c’est les mettre à l’épreuve de la parole. La mise en scène de cette parole joue sur ce qui n’est ni tout à fait dévoilé, ni tout à fait dissimulé, dans le style toujours alerte et délicat d’Emmanuel Mouret. L’effleurement des mots précède et prolonge alors celui des corps. La grâce se donne aussi dans un sourire, dans un regard enjoué, dans une nuque ou un port d’épaule. Ces mouvements d’existence se créent là sous nos yeux parce que les véritables mouvements  des personnages sont intérieurs. À l’inverse de beaucoup de films d’époque, Mademoiselle de Joncquières n’est d’ailleurs pas la superposition de divers éléments d’ordre pictural, sonore ou dramatique mais une intime et subtile combinaison révélée par la photographie de Laurent Desmet.
Maryline Alligier, Culturopoing.com