Les deux scènes

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Rizhome, le blog des 2 scènes

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Rencontre avec Samuel Collardey

"Tempête" en avant-première le 9 février

 

On attendait avec impatience la sortie en salle de Tempête, le dernier long métrage de Samuel Collardey, cinéaste franc-comtois dont on suit le parcours remarquable avec le plus grand intérêt. Nous fêterons l’événement le 9 février en avant-première d’une sortie nationale prévue le 24 février. Samuel Collardey sera présent, accompagné de Dominique Leborne, acteur principal d’une fiction qu’il a inspirée et dans laquelle il incarne son propre rôle.

À travers un grand entretien, le cinéaste nous en apprend davantage sur l'histoire de ce nouveau film.

 

AVEC TEMPÊTE, VOUS TRAVAILLEZ LA MATIÈRE DOCUMENTAIRE COMME DANS L’APPRENTI MAIS AVEC UN DÉSIR ASSUMÉ DE FICTION.
Ce film est le résultat d’un cheminement. Après L’apprenti je voulais faire un film plus narratif, avec une dramaturgie plus complexe. J’ai réalisé Comme un lion mais je me suis rendu compte que j’étais allé trop loin dans la fiction. Ce deuxième film était lui aussi tiré d’une histoire vraie mais le problème était que le gamin qui me l’avait inspiré ne voulait pas être filmé. Il a donc fallu repasser par la fiction, faire jouer un autre enfant qui avait des rêves proches du personnage mais il n’empêche, il s’agissait d’interprétation pure, avec des acteurs, des décors que l’on a loués. Une fois le film fini, j’ai eu l’impression d’avoir un peu perdu ce qui était la force de L’apprenti : une véracité, une mise en scène brute, un côté accidenté. En plus de ça, j’ai travaillé avec une grosse équipe - une vingtaine de personnes, ce qui reste une petite équipe pour certains mais pas pour moi. Du coup pour le troisième film, je voulais retrouver un juste milieu.
 

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER PLUS PRÉCISÉMENT DE LA MANIÈRE DONT VOUS AVEZ PROCÉDÉ POUR QUE VOS PERSONNAGES AIENT UNE FORCE FICTIONNELLE MAIS QUE L’ON SENTE PUISÉE DANS LE RÉEL ?
Je suis parti d’une histoire vécue, rejouée par les vraies personnes, et un peu aménagée pour des raisons dramaturgiques. Le tournage s’est étalé sur dix ou onze mois, qui nous ont laissé le temps de réfléchir, de réécrire, réorienter le scénario, donner plus ou moins d’importance à certains personnages.
 

COMMENT AVEZ-VOUS TROUVÉ DOM, VOTRE PERSONNAGE PRINCIPAL ?
Ça faisait longtemps avec Grégoire Debailly, mon producteur, et Catherine Paillé, ma scénariste, qu’on voulait faire un film sur le milieu de la pêche. Catherine appartient à une famille de marins des Sables d’Olonne depuis des générations. Je connaissais bien aussi ce lieu, durant la Fémis, j’y avais tourné des films en tant que chef opérateur. Catherine elle-même avait réalisé un court-métrage là-bas et y avait rencontré Dominique quand elle cherchait un jeune matelot sur le bateau où il travaillait. Ils se sont liés d’amitié. Quand on est revenus sur ce projet de faire un film sur des marins aux Sables, Catherine m’a présenté pas mal de gens, dont Dom.
 

QU’EST-CE QUI VOUS A DONNÉ L’ENVIE D’EN FAIRE LE HÉROS DE VOTRE FILM ?
Tout de suite, je me suis dit que c’était un personnage de cinéma. Déjà parce qu’il est beau, qu’il a une présence incroyable. Il m’a semblé très ouvert, très sensible. En tout cas il montre sa sensibilité, n’a pas peur d’exprimer ses sentiments. À l’époque où je l’ai rencontré, il vivait avec son fils mais plus avec sa fille, qui avait avorté un an et demi plus tôt et quitté la maison. Il souffrait de cette situation, sa fille aussi. Il parlait aussi de prendre un petit bateau, de naviguer avec son fils qui était à l’école des pêches… J’y ai vu la promesse d’une histoire, la possibilité d’un film.
 

CONCRÈTEMENT, COMMENT S’EST PASSÉ LE TRAVAIL D’ÉCRITURE DU SCÉNARIO ?
J’ai passé presque une année à faire des séjours réguliers chez Dom. J’ai habité chez lui, dormi sur son canapé, je suis parti en mer avec lui, je l’ai accompagné un peu partout... A ce moment-là, il ne faisait plus le grand métier de marin. Il était à l’école des pêches afin d’obtenir son diplôme de patron et vivait de petits boulots, j’avais le temps de le voir. Je l’ai beaucoup suivi dans cette période difficile où il avait peu d’argent, des difficultés à se chauffer, à payer l’eau chaude. Mon travail consistait à vivre et discuter avec lui, à observer, prendre des notes, engranger un maximum de choses : des dialogues, des sujets de conversation, des idées de situations, de mise en scène et aussi de casting. Le fait de passer du temps avec lui m’a fait croiser son environnement, ses amis. J’ai fait mon « petit marché »…
 

ET SES ENFANTS ?
Je voyais Matteo parce qu’il vivait avec lui à ce moment là. Quant à Mailys, qui était plus ou moins en froid avec lui, je prenais rendez-vous avec elle et je la rencontrais sans lui. Au bout de ces quelques mois de repérages et d’enquête, avec Catherine on a commencé à écrire le scénario, pour aboutir à une structure sans dialogues, que l’on a finalement décidé de dialoguer pour rendre plus romanesque et facile à lire. Cette promesse à l’écrit est nécessaire pour convaincre les financiers.
 

AU FINAL, AVEZ-VOUS CONSERVÉ CES DIALOGUES ?
Au bout du compte, je me suis servi au moins de la moitié des dialogues. Certaines scènes sont donc vraiment de l’interprétation pure. En même temps, Catherine connaissait très bien la façon de parler de Dom, elle utilisait ses mots à lui. Pendant la mise en place et les répétitions de la scène, ce dialogue pouvait évoluer comme il le sentait, afin que ça sonne au mieux dans sa bouche. Le principal était que le fond reste le même. Et puis d’autres scènes sont complètement improvisées, purement documentaires. Je mets en place la situation et après, c’est à eux d’y aller…
 

IL ÉTAIT DONC TOUT DE SUITE ÉVIDENT QUE C’ÉTAIT DOM QUI DEVAIT JOUER SON PROPRE RÔLE ?
Ah oui, ce choix était à l’origine même du projet, il n’y avait pas d’autre solution. Je tenais à ce que le réel nourrisse beaucoup plus Tempête qu’il ne l’avait fait dans Comme un lion. Ce qui me plait dans la mise en scène, c’est de m’appuyer sur des choses réelles. Ce dispositif était donc plus important que le scénario en tant que tel.
 

COMMENT AVEZ-VOUS CONVAINCU DOM DE FAIRE UN FILM SUR ET AVEC LUI ?
Je ne lui ai pas déclaré tout de suite mes intentions. Mais il m’a vu venir avec Grégoire, avec Catherine, une fois, deux fois... Il savait que j’étais réalisateur, il avait vu L’Apprenti. Très rapidement, il s’est dit que je lui voulais quelque chose, mais il pensait que c’était avec son fils que je voulais faire un film. Et puis un jour, je me suis dévoilé. Dom est très ouvert, curieux. Tout de suite l’aventure l’a intéressé. Je lui ai dit que je voulais faire un film où il aurait le projet d’acheter un bateau, de naviguer avec son fils… Puis, je lui ai parlé de Mailys. Ça, c’était une autre affaire. A l’époque ils étaient en froid et ne s’étaient pas vus depuis longtemps, mais il m’a dit ok. Ça a été très agréable de travailler avec lui parce qu’il m’a fait totalement confiance, tout le temps.
 

ET CONVAINCRE MAILYS ?
Ça a été la plus grosse difficulté. Cela ne l’enchantait pas plus que ça qu’on raconte cette histoire-là, elle n’en était pas forcément fière, n’avait pas envie de l’étaler devant tout le monde. Mais deux choses l’ont convaincue. Premièrement, elle s’est dit que si ce n’était pas elle qui jouait, j’allais faire jouer son personnage par quelqu’un d’autre. Elle préférait gérer elle-même le rôle ! Et deuxièmement, sans lui faire de promesses, je lui ai dit que ce film était aussi une façon de renouer avec son père. Ils allaient passer des jours et des jours ensemble sur le tournage, ils auraient du temps pour discuter, partager des choses…
 

VOTRE DISPOSITIF REPOSE SUR DES AFFECTS LOURDS, DONT IL EST TRIBUTAIRE. A CERTAINS MOMENTS, AVEZ-VOUS EU PEUR QUE DOM ET SES ENFANTS N’AILLENT PAS JUSQU’AU BOUT DU FILM ?
Je n’ai jamais douté de Dom, et le film raconte ça aussi : quand il a quelque chose dans la tête, il va jusqu’au bout, même s’il lui arrive toutes les galères possibles. Mais sa relation avec sa fille tenait à un fil, je doutais tout le temps. L’engagement de Mailys dans le film et son épanouissement sur le tournage étaient liés au lien actuel qu’elle avait avec son père. Et ça, je n’avais pas de prise dessus. Je ne pouvais pas intervenir sur leurs réactions, sur leurs affects. Il fallait faire avec. Mais ça fait partie des risques et du processus de ce genre de film. On vit les aléas, les climax et les moments de doute du personnage en vrai. Même si la situation est récréée, elle reste en lien total avec la réalité.
 

CE PROCÉDÉ TRÈS SINGULIER EST QUASI DE L’ORDRE DE LA PSYCHANALYSE : UTILISER L’ÉNERGIE DE LA REVISITATION DU PASSÉ POUR LA RÉINJECTER DANS LE PRÉSENT DU FILM…
En fait, je suis la tierce personne dans un binôme, celle qui propose une situation où les sentiments peuvent être avoués, les émotions vécues. Je ne sais pas si c’est de la psychanalyse mais il est vrai que je mets en scène des émotions réelles qui ne seraient pas formulées si je n’étais pas là. Comme par exemple cette conversation sur l’avortement entre Mailys et son père, qui n’avait jamais eu lieu. C’est moi qui l’ai provoquée et rendue possible. Mais après, elle leur appartient. Il n’y avait aucun dialogue écrit, je les ai juste installés dans le jardin, j’ai posé la caméra et j’ai demandé à Mailys de raconter comment elle avait vécu cet avortement sans la présence de Dom, de revenir devant la caméra sur cette blessure qui n’avait jamais été évoquée. On a fait une seule prise, mais que j’ai mis la journée à obtenir... Mailys voulait se lancer mais en même temps, la barrière était haute.
 

LE TIERS DANS LE BINÔME, C’EST AUSSI L’OUTIL CINÉMA…
Oui, c’est sûr que moi tout seul, sans la caméra, ce ne serait pas la même chose ! Ils livrent tout ça parce qu’il y a cette machine derrière laquelle je suis et qui enregistre la situation. Cette situation serait un peu bizarre, sans l’idée de capter, de reproduire…
 

VOS PROTAGONISTES ONT LA VÉRACITÉ DE PERSONNAGES DE DOCUMENTAIRE MAIS VOUS LES MAGNIFIEZ AVEC LES MOYENS DU CINÉMA, NOTAMMENT LE 35 MM ET LE FORMAT SCOPE…
Des gros plans en numérique sans maquillage ne pardonnent rien et rappellent très vite la vidéo, la télévision,le reportage. Nous voulions sublimer ces personnages, qu’ils deviennent des personnages de cinéma mais sans toucher au réel, sans utiliser les artifices que sont le maquillage, les costumes ou les décors. Le 35 mm et le scope amènent tout de suite les codes de la fiction et du romanesque. Et puis il y a des plans de tempête, des plans d’hélicoptères, des travellings quand on peut. Je ne voulais pas capter le réel avec une petite caméra, une caméra suiveuse, car il ne s’agissait pas de suivre mais de raconter ou plutôt reconvoquer quelque chose du réel.
 

LA MUSIQUE PARTICIPE DE L’AMPLEUR ROMANESQUE DU FILM.
Je n’en ai pas utilisé davantage que dans mes deux premiers films mais elle est plus sophistiquée. Comme pour L’Apprenti, j’ai travaillé avec le compositeur Vincent Girault. La musique est assez proche de celle de ce premier film mais cette fois-ci les arrangements sont plus amples et rugueux, comme le personnage. Je voulais trouver la sonorité de Dom, utiliser beaucoup de guitare électrique, de basse.
 

QUEL TRAVAIL D’« ACTEUR » AVEZ-VOUS MENÉ AVEC DOM ?
On avait une trame narrative, des informations et des scènes qui étaient essentielles au film. Et vu que ça s’était passé il y a quelques années, ce n’était plus exactement le réel. En plus de ça, des choses n’avaient pas eu lieu. Et n’auront jamais lieu. Il fallait passer par l’interprétation alors que Dom n’avait jamais joué de sa vie… Obtenir la justesse a nécessité un long travail, il a fallu parfois faire jusqu’à vingt-cinq prises.
 

COMMENT L’AVEZ-VOUS GUIDÉ ?
Je lui demandais de se souvenir du moment évoqué dans la scène, de ce qu’il avait ressenti à l’époque. Je lui demandais de me re-raconter comment ça s’était passé. Et comme il adore raconter les histoires, qu’il est très volubile, c’était parfait pour le remettre dans l’humeur d’alors.
 

ET LE PERSONNAGE DE LA VENDEUSE ?
Dom n’est pas un moine, loin de là, et ça se sent tout de suite. Mais cette facette de sa personnalité était compliquée à raconter. La copine qu’il avait pendant l’écriture, il ne l’avait plus pendant le tournage. Semaine après semaine, la question d’un personnage féminin qui raconterait la vie sentimentale de Dom continuait de se poser. Or, dans le scénario, il y avait l’idée qu’il aille chercher un petit cadeau à sa fille dans un magasin de vêtements. Je trouve donc une boutique qui accepte de nous accueillir, je tombe sur Carole, très charmante, très marrante. Et on fait la scène, en impro. Je me suis dit qu’on tenait quelque chose, qu’il fallait continuer avec elle. D’où la scène des huîtres sur la plage, puis au lit. Ces trois scènes sont de l’improvisation pure. Je les dirigeais juste dans la situation, leur donnais les intentions de la scène, des personnages. Avec une comédienne professionnelle, l’énergie n’aurait pas été la même, Dom aurait été obligé de s’adapter à sa technique de jeu et aurait paru beaucoup moins bon, avec moins de charisme. Alors que lorsqu’il est libre devant la caméra, tout de suite il est intéressant.
 

CE MOMENT OÙ DOM LUI CONFIE SES SOUVENIRS AVEC SA FILLE EST TRÈS ÉMOUVANT…
Pour le coup, il n’y a eu qu’une seule prise ! Catherine me disait que Dom était très sensible et qu’elle l’avait vu pleurer en parlant de sa fille. Le problème était que ça faisait deux ans qu’ils étaient en froid, qu’il avait pris beaucoup de distance. Je ne voyais donc pas ça possible mais je lui en ai parlé. Et il m’a dit : « Ouais ouais, pas de problème, je te le fais ! ».
 

ET LA MÈRE DE MAILYS ET MATTEO ?
La vraie mère ne voulait pas apparaître et à un moment, on s’était même dit qu’elle ne serait pas du tout présente mais c’était important de voir un visage, je ne voulais pas être trop théorique. On a donc fait appel à une comédienne professionnelle. Un autre acteur est professionnel : Patrick d’Assumçao, le capitaine du bateau. Le vrai patron est tellement gentil que ça se voit sur sa tête, ça ne collait pas avec le personnage du film. Quant au banquier, j’ai également été obligé d’avoir recours à un professionnel parce qu’aucune banque n’a voulu nous ouvrir ses portes.
 

METTRE EN SCÈNE AUSSI DIRECTEMENT LA VIE DES GENS VOUS DONNE UNE RESPONSABILITÉ PARTICULIÈRE. COMMENT L’ASSUMEZ-VOUS ?
Il faut essayer d’être le plus honnête possible avec eux. Au début du projet, on se tape dans la main et on formule un contrat. Je ne leur fais pas lire le scénario mais je leur explique ce que je veux raconter avec leur histoire et je leur fais une promesse : ils seront contents de voir le film, ils s’y reconnaitront et ce sera plutôt à leur avantage, je ne filmerai jamais contre eux. Après il faut être à la hauteur de la promesse…
 

VOUS CHERCHEZ LA PART BELLE DES GENS SANS ÊTRE DANS L’ANGÉLISME.
Je ne regarde pas les gens comme si c’était des fourmis. Je me mets à leur hauteur, il n’y a pas de jugement, je les filme en me posant les mêmes questions qu’eux. Je ne peux pas filmer quelqu’un sans qu’il y ait des sentiments, une affection, une amitié. Je passe deux ans avec eux, c’est toute une aventure.
 

COMME DANS L’APPRENTI OU COMME UN LION, LA THÉMATIQUE DE LA FILIATION EST CENTRALE DANS TEMPÊTE…
Le père, la famille, la transmission, une certaine classe sociale… Je raconte toujours plus ou moins les mêmes choses, les mêmes liens, de manière un peu différente. Dans L’Apprenti ou Comme un lion, le personnage principal était l’adolescent. Cette fois-ci, j’ai placé la caméra sur le père. Je voulais raconter un père, raconter qu’il n’y a pas de recettes pour en être un bon. On fait comme on peut.
 

LA PREMIÈRE FOIS QU’ON VOIT DOM AVEC SES ENFANTS, ON SE DEMANDE À UN MOMENT S’IL N’EST PAS PLUTÔT LE GRAND FRÈRE…
Oui, Dom a une façon très singulière d’être père, il ne rentre pas dans les critères classiques de la figure paternelle. Il est plus copain que vrai père, il a un côté adolescent. Quand il revient le week-end, il passe deux jours à faire la fête avec ses enfants et leurs amis, c’est lui qui roule les joints… Il est très maladroit dans l’éducation qu’il donne à ses enfants mais il les aime profondément. C’est ça qui est très touchant.
 

UNE PHRASE QU’IL DIT APRÈS LA FÊTE RÉSUME TOUT AVEC HUMOUR : « C’EST MOI L’ADULTE, ICI ! », SE CROIT-IL OBLIGÉ D’AFFIRMER À SES ENFANTS ?
La scène n’était pas du tout écrite, cette phrase est sortie toute seule, on a juste fait la bonne coupe au montage pour qu’elle résonne ! Le film raconte aussi la difficulté à trouver l’équilibre entre trop et pas assez de présence. Avec sa fille, Dom est en froid parce qu’il n’a pas été assez présent et a manqué une promesse. Et de l’autre côté avec son fils, il commence à être en froid parce qu’il fait peser trop d’attentes sur lui. Dom, qui est lui-même fils et petit-fils de pêcheur, projette très fort ce métier sur son fils. Cette projection est intrinsèque à la relation père-fils, je crois. Il est très difficile de trouver la bonne distance.
 

DOM ESSAYE DE SE METTRE À SON COMPTE MAIS C’EST DIFFICILE... LE FILM RACONTE AUSSI QUE LA SOCIÉTÉ NOUS LAISSE PEU LA CHANCE DE CHANGER DE VOIE, DE PLACE…
Oui, Tempête est aussi un film sur les classes et l’ascenseur social. Aujourd’hui en France, sept fils de prolos sur dix resteront prolos. Un matelot qui veut devenir patron, c’est compliqué. Les fils de matelots restent matelots et les fils de patrons deviennent patrons. Ce n’est pas qu’une question d’argent, je crois. C’est aussi une forme de tradition. Vouloir bien faire ne suffit pas, il faut avoir les codes. Et s’autoriser. Après, peu importe que Dom ait réussi ou pas, c’est le chemin qu’il a fait qui est important, et qui l’amène à réfléchir sur lui-même, faire le point sur sa vie, ce qu’il est, son rapport à ses enfants. Lors de la dernière scène sur le bateau, on le voit au grand large jeter de la nourriture aux mouettes et là, on le sent heureux.

 

Propos recueillis par Marie Queysanne et Charly Destombes

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